Comme de nombreux établissements scolaires en France, le nom de notre lycée est l’évocation d’un homme célèbre. Notre établissement est le seul à s’appeler ainsi car Maurice Viollette malgré sa stature nationale reste ancré dans la mémoire locale. Il est né le 3 septembre 1870 à Janville (Eure-et-Loir) et est mort le 9 septembre 1960 à Dreux (Eure-et-Loir). Maurice Viollette était avocat, journaliste, député, sénateur, ministre, maire de Dreux, gouverneur général de l’Algérie, dirigeant du Parti républicain-socialiste, réformiste colonial et, auteur du projet « Blum-Viollette » (1936-1937).
Jeunesse et formation
Fils de Jules Viollette (1840-1896), banquier, et de Marie Foucher, Maurice Viollette, après l'école communale de Janville, poursuit sa scolarité au lycée Pothier d'Orléans. Il obtient son baccalauréat après un premier échec, puis fait son service militaire à Montargis au 82e régiment d'infanterie.
Il fait ensuite ses études de droit (licence - D.E.S.- doctorat) à la Faculté de Paris, après avoir passé deux thèses ayant pour sujet Les offres réelles en droit français et La plus-value due aux fermier sortants en droit français. Avocat inscrit au barreau de Paris en 1892, il adhère à l'Association des Jeunesses républicaines où il donne des conférences.
Vie politique et sociale
En 1896, il devient à 26 ans Chef de cabinet d'Alexandre Millerand, ministre du Commerce, de l'Industrie, des Postes et Télégraphes de 1899 à 1902 dans le gouvernement Pierre Waldeck-Rousseau.
En 1897, il est élu conseiller municipal de Janville, remplaçant son père décédé l'année précédente. Il est ensuite candidat aux législatives à Chinon en 1898, sans succès, puis élu conseiller municipal à Tours en 1900. Il est secrétaire de la première séance et désigné pour participer à deux commissions (finances et enseignement).
Membre de la Ligue des droits de l'Homme, il retrouve son siège au Palais-Bourbon en 1924 (radical, puis républicain socialiste à partir de 1928). Il est sénateur d'Eure-et-Loir de 1930 à 1939. Après la guerre, il siège à l'assemblée nationale constituante.
Maurice Viollette est aussi très actif dans la franc_maçonnerie. Initié en mars 1893 à la loge Bienfaisance et Progrès, il a plus tard été élu au Conseil de l'Ordre du Grand Orient de France.
Maire de Dreux de 1908 à 1959 (sauf lors de la période de décembre 1940 à août 1944, où il fut démis des fonctions par arrêté du ministre de l'Intérieur du gouvernement de Vichy), il est ministre du Ravitaillement en 1917, gouverneur général de l'Algérie de 1925 à 1927, puis ministre d’État sous le Front populaire de 1936 à 1938.
Partisan des réformes dans l'Empire Colonial, il est l'auteur du projet de loi Blum-Viollette qui prévoyait d'accorder la citoyenneté française et le droit de vote aux élites musulmanes algériennes. Ce projet est rejeté sous la pression des colons français d'Algérie.
Lors de l'invasion allemande de la France en 1940, il quitte Dreux et se retrouve Sainte-Foy-la-Grande (Gironde). Franc-Maçon, il est révoqué de ses fonctions de maire de Dreux le 31 décembre 1940, en application de la loi sur les sociétés secrètes. Alors qu'il demeure à Paris, il est arrêté en février 1941 par la police française qui l'interroge à Chartres et est assigné ensuite à résidence surveillée dans un hôtel de Redon en Bretagne. Il refuse de payer l'hôtelier, estimant qu'il est pensionnaire de l'établissement contraint et forcé et que c'était à l'administration de payer l'hôtel.
Il est alors assigné à résidence dans son appartement parisien, où il reste jusqu'en avril 1944, quittant Paris pour s'installer chez un couple d'amis, au Mesnil-sur-l'Estrée (Eure), puis allant près d'Orgerus (Yvelines) pour se rapprocher de Dreux. Pour venir à Dreux, il fait le voyage à bord d'une ambulance, la tête entourée de bandelettes pour ne pas être reconnu. Arrivé dans la ville, il est hébergé chez le docteur Gautier où une cachette a été aménagée en cas de fouilles.
Il est réélu après la Libération et reste député jusqu'en 1955 ainsi que maire de Dreux et président du Conseil Général d'Eure-et-Loir de 1920 jusqu'à sa mort.
En 1947, faisant partie de la commission parlementaire chargée d'enquêter sur les événements de 1939 à 1945, il se rend avec d'autres parlementaires sur l'Ile d'Yeu pour y interroger le Maréchal Pétain pendant deux heures.
Le 19 octobre 1950, il intervient en séance de nuit à la Chambre des députés. A la suite de Pierre Mendès-France qui, dans son intervention de l'après-midi, avait alerté l'assemblée sur les risques pour la nation de poursuivre la guerre en Indochine. Il dit :
« Le jour où nos combattants d'Indochine apprendraient que nous nous sommes rapprochés de leur ennemi, le jour où ils apprendraient que nous pensons à négocier une sorte d'armistice comme celui de 1940, les armes leur tomberaient des mains. »
En 1952, le conseil municipal décide, que la Grande Rue de Dreux prendra le nom de Maurice Viollette. C'est un cas très rare d'odonymie du vivant de la personne.
Le 1er octobre 1959, suivant acte sous sein privé à Dreux, il crée avec Robert Hersant, éditeur, et André Boussemart, la Société d'édition et de publicité d'Eure-et-Loir, son siège étant situé 23, rue Saint-Martin à Dreux.
Maurice Viollette n'a pas d'enfants et pour seule famille, une unique nièce qui décède avant lui dans un accident automobile. Dans son testament en date du 17 janvier 1960, il lègue notamment 300 000 francs à sa ville natale de Janville (Eure-et-Loir) dont le revenu doit être attribué chaque année par le conseil municipal aux familles nécessiteuses de la ville ainsi que ses estampes algériennes de son cabinet de Chartres et son pendule de Barbedienne, bronze et marbre noir, qui se trouvait dans sa chambre. Il donne sa maison de Dreux, située rue Loiseleur-Deslongchamps, pour qu'elle devienne un musée-bibliothèque.
Maurice Viollette meurt en son domicile de Dreux d'une crise cardiaque le 9 septembre 1960 à l'âge de 90 ans.